Comment nous calculons votre bilan.
Toutes les données que nous utilisons, toutes les hypothèses que nous faisons, et tout ce que nous ne savons pas. En une page.
Notre engagement
Le Miroir n'est pas un instrument de mesure scientifique. C'est un outil pédagogique d'ordre de grandeur, calibré sur les meilleures sources disponibles.
Nous ne masquons aucune hypothèse. Nous ne lissons aucun résultat pour le rendre plus rassurant. Nous ne modifions pas la méthodologie pour satisfaire un partenaire commercial.
Nous ne cherchons pas à culpabiliser. Nous ne cherchons pas à rassurer. Nous cherchons à donner à chacun les moyens de comprendre où il se situe — et ce que cela coûte en carbone, en matière et en travail invisible — pour pouvoir agir lucidement.
Si vous trouvez une erreur, signalez-la. Nous la corrigerons.
Les trois dimensions que nous mesurons
Le Miroir ne se limite pas au carbone. Votre niveau de vie repose sur trois ressources fondamentales, que nous mesurons séparément.
Vos émissions annuelles de gaz à effet de serre, exprimées en tonnes équivalent CO₂. C'est l'indicateur le plus connu, celui sur lequel se concentrent la plupart des calculateurs existants. Il dit ce que votre mode de vie ajoute à l'atmosphère.
Le tonnage total de ressources physiques que votre mode de vie mobilise chaque année : biomasse, minerais métalliques, minéraux non métalliques, énergies fossiles, eau, terres rares. Cet indicateur est moins connu mais tout aussi structurant : il dit ce que votre mode de vie extrait de la planète.
Le nombre d'humains qu'il faudrait — travaillant à temps plein, à la force de leurs bras — pour produire l'énergie que vous consommez chaque année. Cet indicateur, inspiré des travaux de Buckminster Fuller et popularisé en France par Jean-Marc Jancovici, traduit en travail humain le service rendu par les machines, l'électricité et les combustibles fossiles. Il dit ce que votre mode de vie demande en force motrice.
Nous avons choisi le terme « équivalent travailleur » plutôt que « esclave énergétique » pour des raisons éditoriales : la métaphore reste juste, le vocabulaire est moins clivant et plus précis.
Sur quoi nous nous appuyons
Nous avons fait le choix de ne pas inventer nos propres facteurs. Toutes nos données proviennent de sources publiques, vérifiables, et reconnues par la communauté scientifique.
Référentiel officiel français des facteurs d'émission. Source principale pour les postes logement, transport, alimentation et consommation.
base-empreinte.ademe.fr ↗Source officielle française (Ministère de la Transition écologique) pour l'empreinte carbone moyenne par habitant.
Source pour les scénarios climatiques utilisés dans les projections futures et pour les ordres de grandeur préindustriels.
ipcc.ch/report/ar6 ↗Source pour les projections 2050 par scénario, carbone et matière.
Sources complémentaires pour les ordres de grandeur sectoriels et les trajectoires bas carbone.
Données officielles françaises sur l'empreinte matière par habitant, méthode Eurostat (Raw Material Consumption).
Cadre méthodologique européen pour l'empreinte matière, décomposée en biomasse, minerais métalliques, minéraux non métalliques et énergies fossiles.
Données mondiales sur les flux de matières et projections, intégrant les terres rares et l'eau.
Source académique de référence pour les estimations historiques de consommation matière.
Données annuelles de consommation énergétique par pays, base de tous nos calculs.
Données complémentaires et bilans énergétiques détaillés.
Référence absolue pour les estimations énergétiques historiques (Rome, préindustriel). MIT Press, 2017.
Synthèse francophone gratuite des données énergétiques historiques.
Référence francophone pour le concept et les ordres de grandeur de conversion énergie ↔ travail humain. Nous retenons la convention publiée en 2018 (énergie utile annuelle d'un humain au travail : ≈180 kWh/an).
Notre échelle de fiabilité
Toutes nos données ne sont pas de même qualité. Cacher cette différence serait malhonnête. Nous l'affichons donc clairement, partout où nous donnons un chiffre.
Le chiffre est issu d'une source institutionnelle de référence (ADEME, SDES, IEA, GIEC, Eurostat, UNEP). C'est le niveau de fiabilité le plus élevé. La marge d'incertitude existe mais reste limitée.
Exemple : l'empreinte carbone moyenne d'un Français en 2024.
Le chiffre est issu de la recherche peer-reviewed, mais s'inscrit dans une fourchette plus large. Plusieurs estimations coexistent dans la littérature scientifique.
Exemple : l'empreinte énergétique d'un paysan français en 1750.
Le chiffre est une inférence raisonnée à partir de sources fragmentaires. Il sert à donner un ordre de grandeur utile, pas à représenter une mesure rigoureuse.
Exemple : l'empreinte matière d'un citoyen romain au IIe siècle, ou les projections 2100 par scénario.
Vous verrez ces trois niveaux affichés sur chaque chiffre comparatif dans Le Miroir. Aucun autre outil grand public ne le fait. Pour nous, c'est la condition pour parler honnêtement des cinq époques.
Le mode de calcul
Votre empreinte annuelle est calculée poste par poste, à partir de vos réponses au questionnaire et des facteurs de référence de nos sources.
Toutes nos données sont en empreinte consommation, c'est-à-dire qu'elles incluent les émissions et la matière liées aux importations et aux biens que nous consommons, même produits ailleurs. Ce périmètre est plus large que l'empreinte territoire (ce qui est produit sur le sol français), et donne une image plus juste du coût réel de nos modes de vie.
Pour chaque poste, nous appliquons trois grilles de facteurs distinctes :
Facteurs d'émission de la Base Empreinte ADEME, en kg CO₂eq par unité de consommation.
Facteurs de masse mobilisée, dérivés de SDES et Eurostat, en kg par unité.
Conversion énergétique selon la convention Jancovici 2018, soit la consommation énergétique implicite de chaque poste divisée par 180 kWh/an (production utile annuelle d'un humain au travail).
Un équivalent travailleur correspond à la production énergétique utile annuelle d'un humain en bonne santé : environ 180 kWh/an, soit 0,5 kWh par jour de travail effectif. Cette convention suit celle publiée par Jean-Marc Jancovici en 2018.
Avec une consommation française moyenne de 133 GJ/hab/an (donnée SDES 2024), nous obtenons environ 200 équivalents travailleurs par Français.
D'autres conventions existent dans la littérature : la convention internationale stricte (100 W × 24h/24) donne ≈42 équivalents ; la convention « énergie mécanique pure » utilisée dans certaines vulgarisations donne jusqu'à 600. Nous retenons la convention 2018 de Jancovici, qui offre la décomposition la plus détaillée et reproductible par poste de consommation.
La somme par dimension donne votre empreinte annuelle dans chacune des trois unités.
Les hypothèses derrière le calcul
Tout calcul d'empreinte repose sur des hypothèses simplificatrices. Voici les nôtres, en clair.
Un foyer de quatre personnes dans une maison de 100 m² ne se voit pas attribuer la même empreinte logement par personne qu'un célibataire dans 100 m². Mais à l'intérieur de ces moyennes, nous ne distinguons pas les comportements individuels (température de chauffe précise, qualité d'isolation réelle, etc.).
Si vous vivez à l'étranger, votre bilan sera inexact, en particulier pour le logement et l'électricité. Une version internationale est prévue.
Une voiture, ce ne sont pas seulement ses émissions à l'usage : c'est aussi sa fabrication, son transport, son entretien. Tous nos facteurs incluent ce qu'on appelle l'analyse de cycle de vie, dans la mesure où la donnée existe.
Les facteurs ont des incertitudes. Nous présentons les résultats à la centaine de kilos près pour le carbone et la matière, à la dizaine près pour les équivalents travailleurs. Une précision plus fine donnerait l'illusion d'une exactitude que personne n'a.
Pour l'équivalent travailleur en particulier, plusieurs conventions de calcul coexistent dans la littérature. Nous avons choisi celle de Jancovici 2018, nous la documentons, et nous nous y tenons. Si vous trouvez d'autres chiffres ailleurs, c'est probablement parce qu'une autre convention a été utilisée.
Les limites de l'outil
Un outil utile est un outil dont on connaît les limites.
Personne ne peut le faire. Nous estimons un ordre de grandeur cohérent. La différence entre 8 tonnes et 10 tonnes de carbone n'est pas significative ; la différence entre 5 et 15, oui. Le même raisonnement vaut pour la matière et les équivalents travailleurs.
Patrimoine financier, investissements, héritages reçus, services rares — autant de postes que nous ne savons pas modéliser pour un grand public en quelques questions.
Un voyage hors normes, un déménagement, une rénovation lourde : votre année réelle peut s'écarter sensiblement du résultat calculé.
Le carbone, la matière et les équivalents travailleurs mesurent trois choses différentes. Nous les présentons côte à côte, jamais en somme. Réduire l'un peut augmenter les autres ; les arbitrages doivent rester explicites.
L'empreinte est une grandeur physique, pas une note morale. Une faible empreinte n'est pas en soi une vertu, une forte empreinte n'est pas en soi un défaut. Le contexte de vie compte.
Voyager dans le temps : les cinq époques
Le Miroir replace votre empreinte dans cinq moments de l'histoire humaine. Ces comparaisons sont pédagogiques et doivent être lues comme telles. Elles ne sont pas des prescriptions.
Toutes les valeurs sont en empreinte consommation, incluant ce que les autres (humains, animaux, machines, État, infrastructure) mobilisent pour faire vivre la personne de référence.
Rome — IIe siècle apr. J.-C.
Reconstitution pédagogiqueRéférence : un citoyen romain libre adulte vivant dans une ville de l'Empire à son apogée.
Nous prenons le citoyen libre — pas l'esclave, pas l'habitant rural pauvre — pour représenter un mode de vie comparable au nôtre : citadin, urbain, intégré à un réseau d'échanges. C'est un choix explicite. Les esclaves représentaient une part importante de la population romaine et leur mode de vie était matériellement beaucoup plus pauvre.
Empreinte consommation incluant le travail des esclaves au service du citoyen libre, le système impérial, et le commerce méditerranéen.
| Dimension | Estimation | Fiabilité |
|---|---|---|
| Carbone | ≈1,0 t CO₂eq/an | Reconstitution pédagogique |
| Matière | ≈5 t/an | Reconstitution pédagogique |
| Équivalent travailleur | ≈62 | Reconstitution pédagogique |
Sources : Smil (Energy and Civilization), Krausmann, École française de Rome, inférences à partir de Mouhot et Malanima.
1750 — préindustriel
Ordre de grandeur académiqueRéférence : un paysan français adulte rural au milieu du XVIIIe siècle, juste avant la révolution industrielle.
Cette date a été choisie parce qu'elle correspond aux données les mieux documentées pour la France rurale, et qu'elle marque le seuil avant l'usage massif du charbon et plus tard du pétrole.
Empreinte consommation incluant l'élevage, l'agriculture, le commerce naissant (sucre, café émergents) et le système féodal.
| Dimension | Estimation | Fiabilité |
|---|---|---|
| Carbone | ≈0,7 t CO₂eq/an | Ordre de grandeur académique |
| Matière | ≈3 t/an | Ordre de grandeur académique |
| Équivalent travailleur | ≈18 | Ordre de grandeur académique |
Sources : GIEC AR6 (référence carbone préindustriel mondial), Krausmann et al., Smil, Wrigley.
Aujourd'hui — France 2024
Donnée institutionnelleRéférence : un résident en France métropolitaine, en empreinte consommation.
| Dimension | Estimation | Fiabilité |
|---|---|---|
| Carbone | 9,2 t CO₂eq/an données SDES 2022 | Donnée institutionnelle |
| Matière | 13,4 t/an données SDES 2022, méthode Eurostat | Donnée institutionnelle |
| Équivalent travailleur | ≈200 | Donnée institutionnelle |
Sources : ADEME Base Empreinte, SDES, Eurostat, IEA, Energy Institute.
Note : l'eau et les terres rares sont affichées en complément, hors du chiffre matière principal.
2050 — l'horizon de neutralité
Donnée institutionnelleRéférence : trajectoire médiane des quatre scénarios ADEME Transition(s) 2050, qui conduisent tous à la neutralité carbone française par des chemins différents (S1 Génération frugale, S2 Coopérations territoriales, S3 Technologies vertes, S4 Pari réparateur).
2050 est un objectif politique, pas une prédiction.
| Dimension | Estimation | Fiabilité |
|---|---|---|
| Carbone | ≈2,4 t CO₂eq/an | Donnée institutionnelle |
| Matière | ≈9,5 t/an | Donnée institutionnelle |
| Équivalent travailleur | ≈110 | Donnée institutionnelle |
Sources : ADEME Transition(s) 2050, Feuilleton Empreintes 2023.
2100 — deux futurs possibles
Reconstitution pédagogiqueÀ l'horizon 2100, l'incertitude devient trop grande pour donner un chiffre unique. Aucune institution officielle française ne projette à 2100 par habitant. Nous présentons donc deux scénarios opposés, par inférence raisonnée à partir des trajectoires SSP du GIEC.
Une trajectoire compatible avec les objectifs climatiques mondiaux, marquée par une forte sobriété matérielle et énergétique, une décarbonation profonde et une économie circulaire poussée.
Une trajectoire de poursuite des tendances actuelles, sans transformation structurelle des modes de vie ni des systèmes énergétiques.
| Dimension | Si nous agissons | Si nous n'agissons pas |
|---|---|---|
| Carbone | ≈0,8 t CO₂eq/an | ≈13 t CO₂eq/an |
| Matière | ≈5,5 t/an | ≈16 t/an |
| Équivalent travailleur | ≈55 | ≈275 |
Sources : GIEC AR6, scénarios SSP, UNEP-IRP Global Resources Outlook, inférence raisonnée à partir des tendances ADEME 2050.
Ces comparaisons éclairent. Elles ne prescrivent pas.
Une méthodologie vivante
Les facteurs évoluent. La science progresse. Notre méthodologie aussi.
Nous mettons à jour nos données chaque fois qu'une nouvelle version officielle de la Base Empreinte ADEME est publiée, qu'une révision majeure des sources matière est diffusée, ou qu'une avancée scientifique le justifie.
Chaque mise à jour est documentée, datée et archivée. Les versions antérieures restent consultables.
Dernière mise à jour : Mai 2026.
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